Dépendance au virtuel
Lorsqu’une tempête touche un territoire urbanisé et qu’elle génère une coupure d’électricité, les personnes concernées se rendent compte à quel point notre confort de vie dépend de l’alimentation en électricité : lumière, eau chaude, télévision, ordinateurs, fours, etc. qui font soudain gravement défaut.
Le caractère quasi invisible de cette alimentation électrique – bien qu’il demeure des câbles – la rendrait presque naturelle à nos yeux, alors qu’elle est le fruit de notre industrialisation et de notre technologie.
La dématérialisation et la mise en ligne convergente des éléments de notre civilisation, dont le mouvement, on l’a vu, est largement avancé, rend la connexion Internet non seulement obligatoire, mais également permanente.
Selon une étude d’audience périodique publiée par Médiamétrie, en 2010 en France, plus de 38,3 millions de personnes âgées de 11 ans et plus se sont connectées à Internet, soient 10 % de plus que l’année précédente.
Parallèlement au nombre d’internautes connectés, les durées de connexion ne cessent, elles aussi d’augmenter.
« Les Français se connectent à Internet de façon de plus en plus massive : tous les jours, près de 24 millions d’internautes sont connectés, soient 3,2 millions de plus qu’en 2009. 5,4 millions d’internautes surfent sur la toile en moyenne chaque heure entre 9 h et 21 h, contre 4,6 millions l’an passé.
Les évolutions technologiques et les équipements font aussi progresser les usages d’Internet. Avec l’explosion des smartphones – près de 10 millions de personnes en étaient équipées au 3e trimestre 2010 – et l’arrivée des tablettes, une part croissante des Français sont des internautes connectés en permanence. »
L’évolution et l’aboutissement de ces tendances laissent peu de place au doute : d’ici quelques années (quatre ou cinq ans au plus, en fonction du maillage en haut débit), tous les hommes seront connectés – interconnectés – et cela paraîtra normal et évident.
Armés d’un e-téléphone, d’un micro-ordinateur ou d’une tablette, ils garderont un contact permanent avec l’espace virtuel, fournisseur exclusif de leurs loisirs, de leurs connaissances et de leurs services administratifs et marchands.
On remarquera que les tarifs de connexion « au temps de connexion » ont quasiment disparu, et que la connexion « illimitée », bien que cette précision soit encore donnée, est devenue la norme.
Cette concentration, cette centralisation des données de la civilisation et de nos échanges au sein d’un espace virtuel, désolidarisé de notre univers naturel, pose évidemment le problème de la dépendance à cette entité collégiale.
Le parallèle avec l’électricité, bien qu’adapté pour montrer que les dépendances au mode de vie ne sont pas tangibles en temps normal, n’est pas suffisant. Nous pensons, en effet, que ce phénomène migratoire vers le virtuel qui touche toute notre civilisation ne s’apparente pas à une évolution technologique « traditionnelle ».
Nous avons souligné, dans cette deuxième partie, l’immersion des pensées individuelles au sein d’un agrégat d’une nouvelle nature, doté d’une conscience globale, que nous avons baptisée « Entité collégiale ».
Parallèlement à l’évolution de cette entité, se pose avec force pour les individus dont les esprits se seront peu à peu interconnectés en réseau – comme intriqués à la manière d’atomes de l’espace quantique rendus synchrones – la question du retour possible à l’intégrité
d’origine.
Une coupure électrique nous prive de lumière ou de chaleur, elle n’a aucun impact sur nos facultés motrices et encore moins intellectuelles.
Qu’en sera-t-il d’une coupure de la connexion à la toile, une fois que toute activité intellectuelle et sociale y sera implantée ?
Serons-nous encore à même de penser, et tout simplement, de vivre ?
La gravité de cette question montre qu’il ne s’agit plus de l’un de ces soubresauts du progrès scientifique auquel le dernier millénaire nous avait habitués.
Il s’agit de tout autre chose.
Le texte ci-dessus est l’introduction du chapitre « Dépendance à l’entité collégiale » du livre ‘L’avatar est l’avenir de l’homme ».